Boîte à outils : se positionner, évaluer, préparer
Cette section rassemble les outils pratiques élaborés pour accompagner les chercheuses dans toutes les phases de leur terrain : avant le départ, pendant l’immersion et au retour.
Nom :Date :
OUTIL 1 — Avant le départ : se positionner et identifier les risques
Objectif : cet outil est rempli par la chercheuse seule, en amont du départ. Il vise à expliciter sa positionnalité, ses vulnérabilités perçues et les risques anticipés, afin de préparer une discussion éclairée avec la direction (Outil 2).
Positionnalité
Genre et sexualisation potentielle — Dans ce contexte, comment mon genre risque-t-il d’être interprété ?
Âge, statut universitaire — Mon statut et mon âge (réel et perçu) augmentent-ils la probabilité d’infantilisation ou d’accès facilité mais biaisé ?
Langue — Comment ma maîtrise de la langue peut-elle influencer mon rapport au terrain (accent, erreurs, malentendus) ?
Classe sociale perçue — Ma tenue, mon téléphone, mes codes sociaux créent-ils un décalage ?
Appartenances familiales — Vais-je être interrogée sur mon « mari », mes parents, mes enfants (ou l’absence d’enfants), ma religion, mon groupe social (ex : caste) ?
Institutionnels(ex : absence de soutien, d’accompagnement administratif, assurance, ordre de mission flou)
Numériques, données(ex : messageries intrusives, app de suivi de menstruation, clé USB, fuites de données)
Vie personnelle, familiale(ex : pression familiale, inquiétude, isolement)
Appréciation personnelle des zones de risque
Situations ou contextes qui me semblent acceptables à ce stade :
Situations qui me paraissent inconfortables mais possibles :
Situations que je perçois comme non négociables pour moi :
Situations pour lesquelles je souhaite renoncer à certaines données plutôt qu’au terrain :
Signaux faibles que je crains de sous-estimer :
Points sur lesquels je souhaite explicitement l’avis de la direction :
Ce que je n’ose pas dire — inquiétudes, intuitions ou expériences passées que je n’ai pas su formuler ailleurs mais qui me semblent importantes à signaler :
Les éléments ci-dessus serviront de base à l’évaluation conjointe avec l’encadrante et à la définition des seuils et décisions formalisés dans l’Outil 2.
OUTIL 2 — Avant le départ : une évaluation conjointe avec l’encadrante
Objectif : cadrer ensemble les risques acceptables, les soutiens institutionnels et les responsabilités partagées.
NB : les éléments issus de cette évaluation conjointe ne peuvent en aucun cas être utilisés dans une évaluation académique, disciplinaire ou administrative de la chercheuse.
Chercheuse :Encadrante :Date :
Objectifs scientifiques
Que cherche-t-on exactement à produire ?
Quelles données sont essentielles, secondaires, substituables ?
Essentielles :
Secondaires :
Substituables :
À partir de quel niveau de résultat considère-t-on le terrain comme suffisant ?
Alternatives méthodologiques
Quelles sont les alternatives si un site se ferme ?
Que faire si un interlocuteur ou une institution se ferme ?
Qui peut me soutenir ? Institutions et acteurs de soutien :
Qui peut me nuire ? Institutions et acteurs pouvant poser problème :
Analyse des capacités et limites (SWOT)
Exemples : langue, réseaux, expérience, contacts institutionnels, supervision, âge, isolement, santé, absence de protocole, accès à de nouveaux acteurs, violence, surveillance, harcèlement, responsabilité institutionnelle engagée.
Forces:
Chercheuse :
Encadrante :
Faiblesses:
Chercheuse :
Encadrante :
Opportunités:
Chercheuse :
Encadrante :
Menaces:
Chercheuse :
Encadrante :
Matrice commune des seuils de risque et de la ligne rouge
Cette matrice formalise les seuils discutés conjointement. Le seuil “inacceptable” entraîne une suspension immédiate du terrain, indépendamment de l’avancement de la recherche et des financements engagés.
Risques politiques
Acceptable :
Tolérable :
Inacceptable (arrêt) :
Risques interactionnels
Acceptable :
Tolérable :
Inacceptable (arrêt) :
Risques physiques
Acceptable :
Tolérable :
Inacceptable (arrêt) :
Risques logistiques
Acceptable :
Tolérable :
Inacceptable (arrêt) :
Risques émotionnels
Acceptable :
Tolérable :
Inacceptable (arrêt) :
Risques numériques
Acceptable :
Tolérable :
Inacceptable (arrêt) :
En cas de désaccord persistant entre la chercheuse et l’encadrante sur l’évaluation d’un risque ou d’un seuil, le principe de précaution prévaut. Le terrain est suspendu jusqu’à arbitrage par l’institution compétente.
Plan de soutien institutionnel
Suivi régulier
Fréquence convenue :
Modalités (présentiel / visio) :
Assurance et mission
Responsable :
Vérifications effectuées :
Contacts urgents
Liste validée et à jour :
Soutien psychologique
Ressources identifiées :
Modalités d’accès :
Plan d’action en cas d’incident
1. Informations générales
Nom complet de la chercheuse :
Nationalité(s), documents de voyage utilisés :
Terrain, Pays, Lieu :
Dates du séjour :
Nom et coordonnées de l’encadrante principale :
Nom et coordonnées de la direction du laboratoire :
Rapport interne de signalement prévu ? (oui/non) :
Actions dans les 24h suivant un accident :
Remplir un journal d’incident
Contacter son encadrante
Checker son état de santé mental et physique
Décision provisoire : maintien ou suspension du terrain
Vérification de mise en sécurité : logement et déplacements
Actions dans les 72h :
Effectuer une réunion avec son encadrante
Réévaluer les risques
Ajuster son protocole d’enquête
Actions dans la semaine suivant l’incident :
Mise à jour de son dossier
Rédiger un rapport d’incident détaillé
Décision finale : maintien ou suspension du terrain
Réaliser un suivi psychologique et médical
Redéfinir les objectifs scientifiques si nécessaire
Après le retour : RETEX
L’outil 2 a pour vocation principale d’être complété en amont du terrain. Néanmoins, ce dernier fait également partie de l’exercice RETEX, forme de compte rendu du terrain. Les différentes sections de l’outil doivent alors être analysées à nouveau avec la direction de recherche afin d’identifier les mécanismes déclenchés sur le terrain et leur pertinence ou obsolescence suite au retour.
Par ailleurs, ce compte rendu est archivé a minima par la direction de thèse et, lorsque cela est possible, au niveau du laboratoire. Ce retour vise un apprentissage collectif et l’amélioration des pratiques ; il ne constitue en aucun cas un outil d’évaluation individuelle.
OUTIL 3 — Avant le départ : préparer son terrain
Dans mon sac j’ai …
Des essentiels
De l’argent liquide (monnaie internationale et locale, dans la limite autorisée si existante) et une carte bancaire séparée, adaptée à la destination
Penser à diversifier la répartition dans différents rangements
Penser à se renseigner sur les moyens de paiement disponibles dans le pays et les restrictions (sanctions, options internationales etc.)
Passeport (et quelques copies de bonne qualité) et récépissé
Visa
Quelques photos d’identité
Lettre d’invitation
Carte d’assurance maladie européenne
Assurance (vérifier les conditions relatives au pays de destination)
Carnet de santé et de vaccins
Carte d’identification de dispositif médical, le cas échéant
Ordonnances de médicaments traduites et certifiées
Liste des numéros utiles (ambassade, hôpitaux, urgences locales), accessible hors ligne
Une copie imprimée et une version numérique de l’ensemble des documents, sauvegardées en ligne et transmises à une personne ressource (parlant a minima l’anglais)
Des équipements pratiques
Des vêtements adaptés aux normes sociales et aux conditions climatiques locales
Des chaussures fermées
Une bague pouvant faire office d’alliance si nécessaire
Un équipement de couchage léger (sac à viande, draps de voyage) en cas d’hébergement précaire
Éventuellement des occupations (jeux de cartes, jeux de société, livre, etc.)
Au besoin : un objet de confort (livre, photo, bijou) en cas de mal du pays
Des équipements de communication
Un téléphone fonctionnel pour le terrain
Une carte SIM locale ou un moyen de communication opérationnel dès l’arrivée
Une batterie externe
Des adaptateurs pour les prises électriques locales (et, dans certains pays, des convertisseurs de tension)
Un carnet de terrain et un stylo
Un document ou objet de légitimation si nécessaire (badge institutionnel, lettre officielle, carte professionnelle)
Une trousse médicale élargie
Masques anti-pollution et chirurgicaux
Contraception et pilule du lendemain si nécessaire (en vérifiant la réglementation locale)
Soins gynécologiques (traitements contre mycoses, sécheresse, infections urinaires)
Gestion des menstrues : protections et médicaments adaptés
Traitements personnels indispensables, avec quantités de secours si possible
Vérifier que les médicaments sont autorisés dans le pays de destination et faire traduire les ordonnances si nécessaire.
Ce que je retire de mon sac avant de partir
Faites-vous les poches.
Cartes de visite ou documents mentionnant des personnes dont la nationalité ou le statut peuvent être compromettants, notamment dans le cas d’une double nationalité
Pièces de monnaie de pays tiers
Objets, livres ou produits pouvant poser problème au passage des frontières
Cigarettes pouvant être perçues comme un signe de mœurs légères ou induire des interactions non souhaitées
Vérifier les conditions douanières d’import-export dans les pays de destination et de transit.
Préparation logistique
Hébergement réservé et confirmé, idéalement avec réception si arrivée de nuit
Coordonnées du logement accessibles hors ligne
Itinéraires clés repérés (logement ↔ lieux d’entretien) et globalement rechercher les systèmes de transports publics locaux
Hôpitaux et centres médicaux identifiés : qualité des soins, accessibilité, services disponibles, langues parlées, etc.
Lieux publics sûrs identifiés à proximité du logement
Plan B de logement prévu
Solutions de retour sûres en cas de déplacement tardif ou imprévu
Se présenter au terrain : éléments préparés
Une présentation courte pour expliquer qui je suis et ce que je fais, en accord avec mon statut sur place (chercheuse, étudiante, touriste)
Une stratégie de présentation adaptée au contexte
Des réponses préparées aux questions fréquentes :
« Où est ton mari ? »
« Où sont tes enfants ? »
« Pourquoi es-tu seule ? »
éventuellement appuyées par des photos si pertinent
Des formules prêtes pour refuser poliment un lieu, un verre ou une situation
Préparation numérique
Sécurisation des outils et des données (avant le départ)
Enregistrer les données sensibles hors ligne, sur des supports chiffrés
Prévoir des modalités de sauvegarde sécurisée (clé chiffrée, disque externe, cloud sécurisé selon le contexte)
Séparer, lorsque cela est possible, les outils numériques de terrain et les outils personnels (téléphones, comptes, ordinateurs)
Vérifier l’utilisation de mots de passe robustes et uniques ; activer l’authentification à deux facteurs lorsque cela est possible
Anticiper les situations de contrôle, de confiscation ou de fouille des appareils numériques ; limiter les données stockées localement au strict nécessaire
Configuration des outils numériques pour le terrain
Créer un compte de messagerie professionnel dédié au terrain
Configurer un VPN adapté au pays de destination, en tenant compte des restrictions locales
Télécharger les cartes hors ligne et les applications indispensables
Installer une application de partage de localisation avec une personne de confiance
Mettre à jour les systèmes et applications ; désinstaller les applications inutiles ou sensibles
Identifier des sources d’informations neutres, dans une langue comprise, pour se tenir au courant de l’actualité sans barrière linguistique
Vérification et réduction de l’empreinte numérique
Avant le départ, vérifier ce qui est publiquement accessible ou facilement consultable.
Résultats me concernant sur différents moteurs de recherche
Réseaux sociaux : publications, comptes suivis, contenus aimés ou partagés, tout contenu interdit et/ou banni dans le pays
Relations avec les médias : interviews, podcasts, émissions
Publications scientifiques, affiliations et liens institutionnels
Applications sensibles installées sur les appareils (ex. applications de rencontres, de suivi menstruel)
Vérifier que les photos, messages et contenus accessibles sont conformes aux législations locales et aux normes sociales du pays de destination. Exemple : supprimer ou masquer les images intimes ou dénudées (y compris en maillot de bain) pouvant être assimilées à de la pornographie dans certains contextes juridiques ou culturels.
Au retour : sécurisation et protection des personnes enquêtées
Vérifier que toutes les données sont anonymisées ou placées sous pseudonyme
S’assurer qu’aucun contenu ne mette les personnes enquêtées ou les intermédiaires en danger
Vérifier que les fichiers sont stockés de manière sécurisée
Flouter ou anonymiser les photographies de personnes lorsque cela est nécessaire
OUTIL 4 — Sur le terrain : signaux d’alertes
Date :Jour de terrain n° :
NB : cette checklist ne remplace pas une évaluation clinique. Elle est conçue comme outil d’auto-surveillance. Les signaux décrits peuvent varier en intensité et apparaître à différents moments : parfois peu perceptibles sur le moment, notamment en situation de stress intense, ils peuvent se manifester pendant le terrain, dans les semaines qui suivent ou plusieurs mois après le retour. En cas de doute ou de persistance des symptômes, contactez une professionnelle de santé.
Auto-évaluation rapide (à faire chaque soir)
Mon niveau d’énergie est-il insuffisant pour continuer demain ?
Ai-je réussi à identifier trois moments neutres ou positifs aujourd’hui ?
Est-ce que je me suis sentie en sécurité à un moment donné aujourd’hui ?
Ai-je évité une situation que j’aurais dû arrêter plus tôt ?
Signaux à surveiller
Signaux corporels
Fatigue extrême persistante malgré le repos, troubles du sommeil
Tensions musculaires, tremblements
Maux de tête récurrents
Perte d’appétit, nausées, troubles digestifs
Hypersensibilité aux éléments extérieurs (bruits, lumière, etc.)
Signaux cognitifs
Difficulté de concentration
Confusion ou oublis inhabituels
Pensées envahissantes liées à des scènes ou récits du terrain
Difficultés à prendre des décisions simples
Signaux émotionnels et relationnels
Irritabilité inhabituelle, sautes d’humeur importantes
Anxiété persistante, crises de panique
Sentiment paranoïaque
Difficulté à éprouver des émotions positives
Signaux comportementaux
Isolement croissant, évitement des interactions
Hypervigilance (surveillance excessive de l’environnement)
Consommation accrue d’alcool ou d’anxiolytiques
Impulsivité ou comportements à risque
Signaux rouges : faire une pause et contacter sa personne référente
Incapacité à poursuivre la journée
Impression d’être en danger même dans un lieu objectivement sécurisé
Épisode de dissociation (impression d’irréalité)
Pensées intrusives persistantes
Hypervigilance empêchant le sommeil
Crainte d’un effondrement émotionnel
Si plusieurs symptômes apparaissent simultanément pendant plus de 72h, si un incident continue d’envahir quotidiennement les pensées, si vous vous sentez incapable de décider seule de la suite du terrain : contactez votre personne référente, un professionnel de santé, parlez à une collègue de confiance, notez brièvement ce qui s’est passé, retirez-vous temporairement si besoin : écoutez-vous.